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Bahia

Christian Lutz

06.09.2003

 — 12.10.2003

Christian Lutz tend à un témoignage du réel, impulsif, exprimé par jets succincts et simples. Son regard est l’outil, se veut la prolongation de son émotion à la vue des choses existantes, afin de mettre au monde une photographie qui aura sa propre existence.

Les images de «Bahia» sont le fruit de trois séjours entre 1999 et 2001 au Brésil. Ni documentaire, ni fait d’actualité, mais démarche de plus en plus précise dans l’approche de l’humain avec ce qu’il laisse ressentir au photographe. Une Ecole apparentée à celle du reportage, mais sans engagement ou discours politique, un travail d’auteur avec la subjectivité de son propre regard. Les prises de vue cueillent des tranches de vie où les acteurs de la séquence se trouvent suspendus en équilibre fragile entre l’envol ou la chute. Non pas que le temps se soit soudain arrêté, les personnages ne cessent pas de vivre, au contraire du décor figé dans l’instant, obligeant le regard du spectateur à entrer dans l’histoire délimitée par le cadre de l’image. Christian Lutz ne fait pas étalage de la misère, il ne nous confronte pas à l’espoir d’un monde plus juste, il cherche ce qui se trouve à côté de la scène, pour rendre hommage, pour en révéler le vivant. «L’intérêt pour l’humain m’a amené à la photographie, je traîne devant des portes jusqu’à ce que l’une d’elles s’ouvre».

Des regards qui accrochent, qui se croisent, ou les yeux fermés d’un corps couché, cet homme est-il mort? L’incertitude plane. Des rires parfois, des cris aussi, des mains qui se tendent vers d’autres corps, s’y posent ou effleurent, des membres qui se touchent, une femme qui danse laissant l’impression d’une rare euphorie. La précision du décor, la fermeté des expressions et ce qui pourrait sembler de l’indifférence, nous font sentir la chaleur, la moiteur, la fatigue de la fête et la violence de la confrontation des extrêmes.

©Yvan Papaux août 2003