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Haïti. Libération sans fin

Thomas Kern

05.03.2017

 — 16.04.2017

vernissage: 04.04.2017 dès 17h30
en présence du photographe
présentation de l’exposition: 18h00

Thomas Kern mène un travail de fond en Haïti depuis 1997. Plusieurs séjours lui ont permis d’accoutumer son regard aux réalités sociales de ce pays malmené par l’histoire. Qualifiée de «perle des Antilles» par les colons français, Haïti est devenu l’un des pays les plus pauvres de la planète, un pays maudit gangréné par la corruption politique et frappé régulièrement par des catastrophes naturelles. Thomas Kern évite cependant de mettre en scène la pauvreté. Avec empathie et simplicité, il présente la vie quotidienne des Haïtiens capables de surmonter leur destin. Empreints de mystère, ses instantanés en noir et blanc restituent une réalité à fleur de peau où résonnent l’histoire de l’esclavage et l’écho du culte vaudou.

Thomas Kern découvre Haïti pour la première fois en 1997 à l’occasion d’un reportage effectué pour la revue alémanique du. Jusqu’ici, ce photoreporter, cofondateur de l’agence photographique Lookat Photos, s’est forgé une réputation grâce à ses travaux sur les conséquences des conflits, menés notamment en Irlande du Nord et en ex-Yougoslavie. Après son premier contact avec Haïti, Thomas Kern séjourne huit ans aux Etats-Unis, à San Francisco, comme photographe indépendant. Pour autant, le pays des Caraïbes continue de le questionner. Les échos qui lui parviennent des médias américains en dressent principalement une image où l’extrême pauvreté le dispute aux catastrophes naturelles. La proximité géographique avec Miami accentue l’intérêt pour Haïti qui fait ainsi souvent les gros titres : troubles politiques, débordements populaires, intempéries dévastatrices, etc. Ce reflet médiatique partial cache cependant une réa-lité socio-politique et économique beaucoup plus complexe.

Face aux opinions toutes faites et aux clichés, Thomas Kern oppose une approche subtile et sensible de ce pays dont il sait qu’il ne pourra jamais capter complètement les complexités et les contradictions. Il évite par conséquent de thématiser la pauvreté, de toute façon sous-jacente, et choisit une posture simple et directe. Equipé de son Rolleiflex muni d’une seule optique et chargé de pellicule noir et blanc, Kern plonge dans le chaos de la vie en Haïti. Il se pose ainsi en observateur des scènes du quotidien qu’il restitue de manière spontanée sous toutes ses facettes.

Ses images se caractérisent par la tension entre leur format carré, synonyme de stabilité, et la confusion des situations qu’elles décrivent. «Différents niveaux visuels se superposent, les mouvements sont flous, les personnes sont coupées ou perceptibles uniquement comme des ombres. L’équilibre précaire entre immobilité et explosivité traverse ce travail documentaire tel un fil rouge», commente Martin Gasser, conservateur à la Fotostiftung Schweiz. Avec une juste distance, Thomas Kern observe les situations qu’il traduit en se laissant guider par son ressenti et son intuition. Il parvient ainsi à entraîner le spectateur au cœur du vécu des Haïtiens et à rendre tangible leur faculté à surmonter leur destin.

Une situation dramatique
Proclamé premier Etat libre d’Amérique latine depuis l’octroi de son indépendance par l’Etat colonial français au début du 19e siècle, Haïti se distingue par une histoire se résumant en une suite de conflits sévères et de régimes dictatoriaux qui ont fragilisé le pays et empêché son développement économique. Jusqu’à aujourd’hui, son système politique a été marqué par l’opportunisme, le népotisme et la corruption.

Avant l’épisode colonial, Haïti faisait figure d’eden tropical avec une couverture forestière de près de 90%. Il n’en subsiste actuellement plus que 2% environ, une surface menacée par l’exploitation intensive du bois comme combustible. En raison du défrichement, les surfaces agricoles utiles disparaissent et mettent ainsi gravement en péril la production alimentaire. Les épisodes récurrents d’intempéries sévères (inondations, tornades et sécheresses) aggravent par ailleurs la situation. Ainsi le terrible tremblement de terre du 12 janvier 2010 illustre l’extrême vulnérabilité d’Haïti dont le gouvernement se montre impuissant à gérer les crises. Malgré la mobilisation internationale pour aider le pays, une grande partie de l’aide promise ne parvient jamais à destination ou fait les frais de la corruption. La pénurie alimentaire et le chômage continuent par conséquent de frapper durement la population qui vit dans la misère tandis que le désastre écologique et la pollution progressent rapidement.
Importé dans l’île par les esclaves d’Afrique pendant la colonisation, le vaudou n’offre qu’une étroite échappatoire à cette situation tragique. Ce culte des dieux et des esprits est pratiqué par une grande partie de la population, à côté du catholicisme, comme un moyen de soulager les rigueurs du quotidien à travers les rituels de sacrifice et de purification.

Biographie
Thomas Kern (*1965, Brugg) effectue une formation de photographe à Zurich. Dès 1989, il travaille comme photographe indépendant, notamment en Irlande du Nord, au Kurdistan, au Proche-Orient, en ex-Yougoslavie et aux Etats-Unis. En 1990, il cofonde l’agence photographique suisse Lookat Photos ; de 1998 à 2006, il travaille comme photographe indépendant à San Francisco. En 1997, Thomas Kern effectue son premier voyage en Haïti pour le compte de la revue du. Depuis il travaille à un grand essai photographique sur cet Etat des Caraïbes.
Il est récompensé en 1996 par un World Press Photo Award dans les catégories « Daily Life, singles » et «Daily Life, stories » ; en 2006 et 2014 il est lauréat d’un Swiss Press Award.

Carrefour Feuilles, Port-au-Prince, 2004
Paradis, Léogâne, 2015
André Pierre, Croix-des-Missions, 2004
Croix des Bouquets, 2013
Carnaval, Jacmel, 2013
© Florian Luthi
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