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Le passé du château de l’avenir

Jean-Claude Mathier

30.07.2006

 — 27.08.2006

Une vision onirique du Château de Gruyères

Jean-Claude Mathier est un créateur d’images doué de riche inventivité. Pendant 18 mois, ce photographe a hanté le Château de Gruyères, captant avec belle sensibilité l’esprit de l’édifice, sa mémoire, ainsi que d’impalpables mystères flottant dans l’atmosphère. Explorant salons, créneaux, voûtes, escaliers et autres couloirs, il a photographié tous les recoins du vénérable bâtiment. Puis, projetant son imaginaire sur les photos moissonnées, jonglant avec les espaces, les objets, les architectures, il a insufflé une nouvelle vie aux lieux historiques. Résultat, des images oniriques, singulières et poétiques, dans lesquelles l’artiste suggère des métaphores, établit d’étonnantes relations, théâtralise et s’amuse à nous mystifier, non sans humour.

 Ici les statues s’animent, croisant de mystérieux visiteurs de redingotes ou longues robes vêtus, d’improbables escaliers débouchent sur l’infini, une forêt frémit sur un vieux mur de pierres. Les portes, les rideaux s’ouvrent sur d’étranges visions, une armée moyenâgeuse s’engouffre sous un porche, des poupées de celluloïd pique-niquent dans la cour et, dans un salon aquatique, des cygnes voguent aux côtés de belles dames alanguies sur leur canapé. Nos sens titillés, nous découvrons comme en un vertige, d’autres lois de gravitation, de dimensions, de transparences et de propriétés de la matière. Ces images surréalistes nous invitent dans un merveilleux univers de l’impossible. «Le monde tel qu’il est, est inséparable de son mystère» disait Magritte. Une réflexion qui reflète parfaitement la démarche de ce photographe.

Avec formidable liberté, Jean-Claude Mathier réinvente un château de rêve. Une liberté que ce Valaisan d’origine, qui vit et travaille au bord du lac de Gruyères, revendique : « Je suis un rebelle, je n’aime pas les étiquettes, le système basé sur l’argent, la gloire. La création, c’est un espace de liberté. J’aime ce qui est authentique, et aussi ce qui est en mutation.» Né en 1949, cet artiste a étudié à l’Ecole des Arts et Métiers de Vevey avant d’effectuer des stages dans différents studios photographiques puis de poursuivre sa formation aux Beaux-Arts à Paris. Son goût de découverte l’a conduit à exposer aussi dans la rue, afin d’avoir un contact direct avec le public. «Mais ce n’est qu’une démarche temporaire, je n’entre jamais dans quelque chose de stable, il faut que les choses évoluent».

Françoise Gentinetta