Vernissage le mercredi 25 avril 2001 dès 18 h.
En présence de Leonard Freed
et de sa galeriste parisienne, Esther Woerdehoff


NUDE OR NAKED
Nu ou dénuement

Avec les années, à mesure que je faisais l’editing de mes photos, j’ai commencé à sélectionner les images se concentrant sur la forme humaine. Sans cesse me surprenait l’idée que les termes " nu " et " dénudé " n’étaient pas interchangeables, et que le nu et
la nudité étaient des étapes différentes, étayées par le point de vue du spectateur ou par l’attitude du sujet ou par les deux. Pourquoi certains sujets semblent-ils nus et d’autres selon toute évidence dénudés ?
Les peintures de la chapelle Sixtine par Michel-Ange, m’ont toujours fasciné; le pouvoir et l’expression de ces corps massifs et distordus me parlaient moins de la réalité de Dieu que de la résilience de l’homme. L’image d’un dos humain me semble toujours représenter l’énergie d’un homme plutôt que le bien et le mal. En travaillant à mon livre sur la police
new-yorkaise, j’ai photographié homme violent, menottes aux mains, que l’on poussait sur le siège arrière d’une voiture. Pour moi, cette photo véhiculait la même énergie symbolique que le dos peint par Michel-Ange. L’image exprimait à elle seule le caractère de l’homme, si bien qu’il n’était pas nécessaire de voir son visage. La question qui me vint alors à l’esprit était de savoir si Michel-Ange a peint un nu alors que moi je photographiais un corps
dénudé.
Le dictionnaire Webster’s New Collegiate m’a été d’une certaine aide, tout en laissant de nombreuses questions en suspens. Selon lui, dénudé veut dire " dévêtu, dévoilé, sans protection, sans défense, sans ressources " ; d’autre part, nu veut également dire " dénudé, sans vêtements ", mais aussi " figure humaine dévêtue, ou sa représentation dans l’art. "
L’histoire d’Adam et Eve est un exemple précoce des différents stades de la nudité. Aussi longtemps que l’être humain vit sans culpabilité et innocent dans le jardin d’Eden, il est nu, mais une fois tenté par la connaissance il a commencé à se sentir dénudé.
J’ai pris des photos dans un camp de nudistes où mon seul vêtement était mon appareil. Ni moi, ni mes compagnons ne nous sentions dénudés, nous étions simplement nus. Nos corps étaient fiers et nous n’étions pas conscients d’être photographiés.

Mais la nudité réveille aussi des souvenirs sinistres. Je me souviens avoir vu dans un livre, des images de femmes que l’on conduisait à la mort. Alors qu’elles étaient alignées devant les fosses qui les recevraient, elles dissimulaient leur sexe de leurs mains. Face aux fusils levés du peloton d’exécution, ces femmes se sentaient nues, honteuses et avilies. Dans le même livre, il y avait des photos d’hommes barbus contraints de baisser leurs pantalons et d’exposer leur pénis, à la grande joie des passants. C’était l’ultime déshonneur. Comme disait mon dictionnaire, ils étaient " sans protection, sans défense ".
Dans cette exposition, la question " du nu et du dénudé " s’applique seulement à des corps dévêtus. Mais il existe une autre dimension de la nudité, même quand le corps est recouvert. Dans ma vie de photographe, j’ai pris de nombreuses personnes qui, bien que vêtues, m’apparaissaient nues – c’étaient toutes des victimes de la violence, happées par la guerre ou par la famine. Elles étaient sans défense – nues dans une situation qu’elles ne pouvaient contrôler.
L’un des buts de cette exposition est d’avoir le regard de l’observateur sur la forme humaine en tant qu’expérience subjective et de réfléchir à la question : nu ou dénudé?

Leonard Freed