Rives, dérives, rives entrevues, envisagées, soupçonnées; au bout du chemin la terre largue les amarres et se prolonge à l'horizon d'un rêve incertain.
Rêve de rive face à la mer frémissante et diaprée.
Rive de choc fouettée par des gerbes d'écume.
Une silhouette marche sur les eaux, un escalier se noie.

Humaines habitudes, un homme s'immerge, ablutions du soir, sa chemise lui colle à la peau. Un enfant nu se penche pour offrir lui aussi son corps à l'onde.

Il marche pieds nus, se dirige... elle s'immobilise, sonde le lointain. La mer est là, on la devine chargée d'espoir, d'ailleurs ou de vaines attentes.

Dans le temps suspendu flotte une incertitude, on ne sait quoi, ou trop de certitude quand la mer languissante ne sait plus où elle va.

L'ancre est levée, un bateau s'éloigne, un oiseau l'accompagne, la rive se fait brume, évanescence; mais là-bas, de l'autre côté, n'est-ce pas toujours la même interrogation, la même attente, la même dérive?

L'horizon s'est perdu, a figé l'homme et l'enfant, immobilisé leur manège.

Sophie Malexis