Portrait

Comment faire un portrait de quelqu'un qui ne souhaite pas être reconnu? Comment faire pour ne pas se retrouver en face d'un miroir qui nous renvoie notre propre image, non pas parce qu'on se reconnaît en l'autre mais parce que son souhait est de disparaître et de s'effacer le plus possible. Comment faire, malgré tout ça, pour être proche et attentif?

J'ai choisi de raconter des histoires de chevaux, d'arbres et de nuages. Choisi de tourner une page avec eux, d'être un pas plus loin dans la vie. Et surtout d'accepter tout ce qu'ils ont bien voulu me donner.

Mouna a besoin de rêver. Je lui ai fait un petit décor où pendant une heure ou deux, entre les photographies où elle se cache par souci d'anonymat, elle a bougé, dansé et nous a donné des rires et des grimaces. Tout ça existe et c'est aussi Mouna. Sera m'a donné la fragilité de ses doigts sur son front et la moue de sa bouche. Alexandre m'a parlé de lui avant et de lui maintenant, en noir et en blanc.

Florence nous a montré ses endroits préférés, paysages de sa sérénité enfin trouvée. Edith a galopé, libre. Je n'ai pas vu François qui n'est jamais venu aux rendez-vous et qui est trop loin maintenant pour qu'on puisse l'atteindre. Son portrait devient l'illustration abstraite de son témoignage. C'est une séquence sur l'enferment et la solitude, petite mise en abîme de tous ces murs qui l'entourent et contre lesquels il se jette avec son désespoir et sa révolte.

Je dis merci à Mouna. Sera, Florence, Alexandre, Edith et François, et je leur souhaite d'être heureux.

Magali Kœnig

L a F o n d a t i o n D i D é


Créée en 1992 par quelques anciens délégués du CICR, DiDé est devenue juridiquement une fondation en 2001. Son objectif est d'oeuvrer pour le respect de la dignité des personnes privées de liberté. Sa priorité va aux plus vulnérables, à savoir les enfants, les femmes et les malades.
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A ce jour, DiDé a permis la réalisation de près de cinquante projets, principalement en Afrique mais aussi en Amérique latine et au Proche-Orient. La Fondation a ainsi enrichi son expertise professionnelle, ce qui la pousse à développer progressivement ses activités

Parallèlement, en l'an 2000, DiDé établissait des contacts en Suisse afin de soutenir les autorités pénitentiaires dans leurs efforts en vue de voir respectés les droits des enfants et des femmes privés de liberté.

En 2001, la Fondation organisait avec GeoDE, à l'Université de Genève, la première rencontre entre professionnels concernés par la détention préventive des mineurs en Suisse.

En 2002-2003, à l'occasion de son dixième anniversaire, DiDé développe, en Suisse toujours, un programme de sensibilisation à la rupture et à la délinquance des jeunes, dont la Table ronde ci-dessus fut le point de départ.

Le coeur de ce programme est un livre, Des mots cloués dans la gorge , (éd. DiDé-l'Hèbe, novembre 2002). Tois jeunes filles et trois jeunes gens en rupture en sont les co-auteurs avec Nicolas Couchepin, écrivain, qui retranscrit leurs témoignages. Six séquences photographiques créées par Magali K¦nig à la demande de ces jeunes accompagnent leurs témoignages et font l'objet, avec des extraits des textes, d'une exposition itinérante dans le but de créer le débat lors de rencontres avec des jeunes.