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Heraklion
ou le charme du chaos
Pour tous ceux qui ont traversé la crétoise
Heraklion, une chose est certaine, ce n'est pas une
belle ville. Elle paraît même une des plus
ingrate, bruyante, chaotique de la Méditerranée.
Pas de petit port avec des tavernes les pieds dans l'eau,
pas de bord de mers aménagés pour la baignade,
mais des rochers hostiles bordés de vieux hangars,
de routes à grand trafic et de zones militaires. |
On dirait que cette ville, encore entourée de
ses murailles anciennes, continue de se défendre
des envahisseurs et qu'elle a tout fait pour être
laide, comme ces jeunes filles qui se maculaient le
visage de boue pour ne pas éveiller l'attention
des seigneurs. Et il est vrai que si l'on s'attarde
dans son enceinte après les douze coups de minuit,
après la fermeture des derniers bars, après
le passage des derniers amants, il se crée tout
à coup un grand calme, |
un silence complice dans lequel, tout doucement, timidement,
se dévoile une autre ville, naïve et villageoise,
aux ruelles divaguantes, aux volumes précaires
comme assemblés par la grâce d'un enfant.
Une ville populaire aussi, ballottée par des
séismes politiques, érodée, meurtrie
par la négligence des uns et l'ambition des autres
mais dont les petites cours sentent encore
bon la vie simple et les orangers en fleurs, comme un
sourire au milieu du chaos.
Charles
Weber |