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Avoir
20 ans à Kaboul
L'Afghanistan
est plongé dans la guerre depuis l'invasion du
pays par les troupes soviétiques en 1979. Jusqu'à
la fin de la guerre de résistance, menée
par les différentes factions Moudjahidines, Kaboul
avait été épargnée par les
combats lourds et destructeurs. Après le retrait
des derniers contingents de l'armée rouge installés
en Afghanistan, une guerre fratricide commença
entre les chefs de guerre solidement armés. La
prise et le contrôle de la capitale étaient,
bien entendu, l'objectif commun à tous ces Commandants
assoiffés de pouvoir. Kaboul a donc subi un siège
terrible à différentes périodes de
cette guerre civile qui a provoqué la destruction
quasi totale de pans entiers de la ville. Ce sont évidemment
les quartiers décentrés et les faubourgs
qui ont subi le plus de bombardements entraînant
la mort de milliers de civils et un exode gigantesque.
En 1996, lorsque les talibans ont pris la capitale, un
régime islamiste, non reconnu par la communauté
internationale, s'est installé. Une forme de paix
était revenue.
La
jeunesse de Kaboul a connu la guerre sous tous ces aspects
: l'invasion par les chars de l'armée rouge, la
répression politico militaire sous le régime
pro-soviétique, l'exil au Pakistan ou en Iran,
les pères engagés dans les forces Moudjahidines,
la guerre civile entre les troupes de Massoud, Dostom
et d'Hekmatyar
et finalement l'arrivée des
talibans et d'une charia encore jamais vue ailleurs à
ce jour.
C'est
avoir connu tous ces épisodes que d'" Avoir
20 ans à Kaboul " aujourd'hui. Mais surtout,
c'est avoir gagné la guerre : pour cette belle
jeunesse, gagner la guerre, ne voulait pas dire soutenir
un parti plutôt qu'un autre, mais bien y survivre.
La jeunesse de Kaboul a réussi, tant bien que mal
à ne jamais perdre l'espoir de voir la paix revenir
et s'installer définitivement. La volonté
des jeunes de compter parmi les acteurs du changement
est évidente. Ils savent que le pays est vidé
de ses médecins, avocats, journalistes, ingénieurs,
Informaticiens, traducteurs, enseignants. Ils sont la
relève de ce pays meurtri. Ils sont des milliers
à avoir repris les cours à l'université,
autant à s'être inscrits dans les écoles
de langues et d'informatique. Certains jeunes revenus
du Pakistan sont mêmes professeurs d'anglais ou
ingénieurs en électronique. Mais la grande
majorité des élites Afghanes sont encore
fort réticentes à rentrer au pays : les
salaires proposés sont dérisoires, le risque
de voir la guerre éclater à nouveau reste
présent, la peur de revoir un pays dévasté,
devoir quitter une situation professionnelle et familiale
parfois confortable
autant de raisons qui les retiennent
encore. Pourtant, leur présence est, aujourd'hui,
indispensable pour reconstruire le pays.
Les séquelles de la guerre sont bien présentes
et beaucoup de temps sera nécessaire à cette
jeunesse pour vivre sans crainte et anxiété.
Ils parlent du futur, de leurs rêves, de leurs espoirs,
de leur manque de confiance à l'égard des
instances dirigeantes et des " Commanders "
éparpillés dans le pays. Ils ne savent plus
sur qui compter réellement, à qui se fier.
Le pays est déchiré entre tradition et modernité,
entre religion et progressisme. Ils sont heureux que la
terreur religieuse du régime taliban appartienne
au passé. Il est difficile d'imaginer le cauchemar
traversé. Ce combat contre le désespoir,
ils l'ont aussi gagné. Cette victoire ne doit pas
faire oublier que certains se sont suicidés et
qu'une large majorité de civils a dû se soumettre
ou fuir.
Les filles ont vécu une époque traumatisante
et leur combat contre les murs imposées par
les talibans s'avère encore être très
long. Bien qu'elles aient à nouveau accès
aux écoles, aux soins médicaux et à
la vie professionnelle et que le port de la burka ne soit
plus obligatoire, il reste que seuls les hommes décident.
A
l'instar de la population, la jeunesse a accueilli la
coalition Anglo-Américaine en véritables
libérateurs. Cependant, certains enjeux géopolitiques
les dépassent. Pourquoi s'opposeraient-ils à
la présence de troupes étrangères
dans le pays alors que seule la paix importe ?
Le réaménagement politique du pays réalisé
lors de la Loya Jirga (juin 2002), la grande Assemblée
nationale, a donné naissance à des structures
administratives nécessaires à la reconstruction
du pays en vue d'établir une paix loin des conflits
d'intérêts, ethniques ou religieux.
Les
jeunes ont comme souvenirs ceux de leurs parents, restés
nostalgiques des années 65-78. Illusoire ou utopiste,
la jeunesse aspire à cette liberté. Quoi
qu'il en soit, elle leur a permis de résister,
de dessiner des projets, de VIVRE.
©
Gaël Turine pour les photos et le texte.
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Né en Belgique en 1972. Etudes de sciences
politiques, puis de photographie à l'Ecole
des Arts Plastiques du 75, Bruxelles
Travaille comme photojournaliste, notamment pour
différentes ONG.
Dans le monde, il photographie la pauvreté,
la maladie mais aussi des coopératives créées
par des mineurs boliviens ou par des aveugles en
Afrique.
Pour ce travail en Afghanistan, on relève
deux voyages de reportages parmi d'autres dans ce
pays :
1995 - La vie quotidienne à Kaboul, commande
pour l'ONG Médecins Du Monde - France
2002 - Avoir Vingt Ans à Kaboul - projet
de livre qui paraît en novembre 2003
Travaux publiés dans la presse internationale
: Figaro Magazine, l'Express, De Morgen, GEO (Asian
edition), Marie Claire, Le Matin, Le Temps, L'Humanité
Hebdo, Gazeta Magazine (Pologne), Nez York Times,
Photo (France), Photographers International (Taiwan),
Grands Reportages, Le Vif, Libération,
De Volkskrant, Sunday Magazine, Der Spiegel, Time.com,
Grande magazine (Nederland), La Republica magazine
(Italie), Knack magazine (Belgique), Featured
in Leica World magazine, etc.
LIVRES
:
2003-
Avoir Vingt Ans à Kaboul, Alternatives
éditions, France
2001-Aveuglément,
collection PHOTO-POCHE SOCIÉTÉ,
Nathan-France
2001-Lettres
d'Erythrée, en collaboration avec le journaliste
Didier Schmutz, éditions de La Lettre Volée
Gaël Turine a déjà exposé
à la galerie FOCALE en 2001 : Aveuglément,
La Cécité des rivières en
Afrique.
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