Photographies de JEAN-PATRICK DI SILVESTRO

 
     

Photographier les mois et les jours précédant la mort d’un être aimé peut paraître inconcevable, sauf peut-être pour les photographes qui ont réalisé ce genre d’images sans les divulguer et pour ceux qui aimeraient les faire sans se l’avouer réellement, car cela ne se fait pas. Il est préférable de photographier des mariages, baptêmes et autres fêtes familiales. Notre société l’accepte et l’approuve, car tout est présenté sous les meilleurs jours, en excluant l’inexorable, donc la mort.
Chaque photo est un instant disparu que l’on a eu envie de figer à tout jamais pour diverses raisons. Le moment n’est plus présent mais l’image reste telle que l’on a décidé de s’en souvenir. Pendant ces prises de vue, je n’avais pas l’intention de faire un reportage sur la mort de ma mère. Je voulais plutôt arrêter le temps, me permettre de penser à autre chose, me séparer de la vision directe et globale d’une mourante pour me concentrer sur l’aspect du souvenir d’une image choisie à un moment donné. Lors du développement des films plusieurs mois après, je me suis rendu compte que ma mémoire avait effacé certains moments difficiles et donc la transformation physique d’une personne subissant les assauts de la maladie, pour en garder les souvenirs bien avant sa mort.
Mon cerveau avait fait le tri et préférait définitivement les moments de joie et de beauté, mariages, baptêmes et autres fêtes familiales quand elles se déroulent bien.

Jean-Patrick Di Silvestro

Du 13 février au 13 mars 2005


 

   
   
   

   

Agé de quarante et un an, Jean-Patrick Di Silvestro est devenu photojournaliste en 1990 à Bucarest, à la fin de la révolution roumaine. Il enchaîne ensuite les reportages à Genève, en Syrie, à Beyrouth en 1991, sur les conflits en ex-Yougoslavie et Russie–Moldavie, en ex-Zaïre pour le CICR en 2000. En Irlande, il arrive durant une période calme, ce qui lui pose un nouveau défi : comment évoluer en photographie sans événement violent ?

C’est en ex-Yougoslavie que Di Silvestro définit son grand thème de reportage : l’extrême-droite. Depuis sept ans, il suit des rassemblements d’extrémistes en Europe, en Russie et aux Etats-Unis.

En 2004, Di Silvestro crée « Regard direct », agence entre banque d’images et collectif de quatre photographes qui ont la même volonté d’œuvrer dans le reportage social, sur la durée et alliant images de qualité et information : www.regardirect.com

Les photographies que nous exposons sont d’une autre veine. Apprenant que sa mère est atteinte d’un cancer, Jean-Patrick Di Silvestro la photographie du début de la maladie jusqu’à la mort, manière d’arrêter l’échéance et de garder autant d’images de sa mère que possible.