ENTRE OMBRE ET LUMIERE, LE CÔTE INTIME DE PRAGUE  

Alors qu’il séjournait à Prague entre 1995 et 2002, Stanko Abadzic est parti en quête de la face humble et cachée de cette cité. Vue par ce photographe croate, la ville de Prague n’est certes pas celle dont se souvient le touriste, avec ses ponts, ses châteaux, ses monuments magnifiques. Abadzic se montre plus attiré par des lieux silencieux, désertés, éloignés de l’agitation et du stress du centre ville.

Ce que privilégie ce photographe, ce sont les ruelles mystérieuses aux pavés usés, les petits squares, les lampadaires démodés, les murs un peu lépreux, les bistrots patinés, les enseignes vétustes. Il y a un petit côté retro et mélancolique dans ces images hors du temps où se faufilent quelques rares personnages solitaires, un peintre courbé sur son chevalet, seul au milieu d’une place, une accordéoniste au look 1920, un homme portant son vélo. Et lorsque la lumière devient rasante, l’ombre étirée confère à certaines ruelles une atmosphère inquiétante, évoquant un film en noir-blanc du genre polar des années 50.

Le regard de Stanko Abadzic est d’une belle acuité. Ce photographe a le don de pressentir l’instant à venir, le détail drôle, tendre, insolite qui fera mouche. Il possède également l’art de capter les jeux d’ombres obliques et de lumière avec leurs dessins, leurs géométries, leurs images dans l’image. Comme cette étonnante photographie où l’ombre en flèche d’une passante et celle d’une barrière se juxtaposent, formant un éphémère cadran solaire.

Son exposition est intitulée «In Absentia» parce que, dit-il, «ce titre symbolise mon absence de la Croatie et mon séjour en République tchèque».

Françoise Gentinetta

 
 


N
é à Vukovar en 1952, Stanko Abadzic avait 15 ans lorsque son père lui fit cadeau de son premier appareil photo, un modèle russe Smena 8 qu’il a toujours conservé car, dit-il «les bonnes photos ne sont pas toujours réalisées avec des appareils onéreux.» Alors qu’il était étudiant, il gagnait son argent de poche en réalisant des photos de mariage et de matches de foot. Après ses études, il travailla comme traducteur et reporter. Lorsque, en 1991, la ville de Vukovar fut complètement dévastée par la guerre, Abadzic perdit toutes ses archives, quelque 3000 négatifs. Après s’être expatrié en Allemagne de 1990 à 1995, il se rendit ensuite à Prague où il enseigna l’allemand avant de travailler uniquement en tant que photographe free-lance. Depuis 2002, il vit sur l’île de Krk en Croatie.                                
F.G.