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Steeve Luncker

19.06.2013

J’ai rencontré Xavier, au cours de l’année 1996, lors d’une exposition. Il devait avoir une trentaine d’années. Une amie en commun nous a mis en contact. Je lui ai dit que je voulais travailler avec quelqu’un qui allait mourir, et que ma condition pour ce travail c’était qu’il se laisse photographier jusqu’à sa mort. Il a accepté, et nous nous sommes rencontrés la semaine suivante. Nous avons fait une série de photos, et dès ce jour, nous nous sommes vu tous les jeudi, à quinze heures. J’étais gêné de le photographier sachant qu’il allait mourir. Je lui ai tendu mon appareil photo. Je voulais qu’il participe à ce travail. Son regard sur moi m’intéressait. Je me demandais s’il changerait , s’il deviendrait plus lucide, plus vrai, à mesure qu’il se rapprocherait de la mort. Chaque jeudi, je lui ramenais les images de la semaine précédente, et il choisissait celle qu’il préférait, celle que j’avais faite de lui et celle qu’il avait faite de moi, en expliquant en une phrase les raisons de son choix. Ce travail a duré deux ans, jusqu’en novembre 1998, date où il est décédé. Steeve Iuncker A jeudi 15h – Edition Le Bec en l’air, 2012